Publication

Les défis actuels des politiques culturelles. Quelques réflexions en temps de crise.

Je saisis cette occasion pour partager avec vous en ces temps singuliers quatre idées suscitées par cette situation, d’autres venant de mon voyage sabbatique en Asie et Australie ainsi que de mes lectures et observations. Ce ne sont en l’état que des  impressions encore peu conceptualisées que  je me réjouis de discuter avec vous. Pour illustrer cela, quoi de mieux que cette image de l’installation superbe de Pauline Curnier Jardin, à l’Arsenal, au cours de la Biennale 2017.

Pauline Curnier Jardin, Biennale de Venise 2017

  • Je suis persuadée que l’économie solidaire, sociale, du partage sera une source d’inspiration et de soutien important pour la culture au cours des prochaines décennies. Concrètement, cela implique des ressources hybrides (ressources marchandes, redistribution, contributions volontaires, troc et échanges), la non lucrativité, une gouvernance démocratique, une gestion responsable, des écarts de salaires limités, égalité professionnelle entre hommes et femmes, le développement durable et la coopération plutôt que la compétition. Autres conditions possibles d’une économie solidaire : une interventions sur des territoires délaissés, une participation et une pratique amateur accessible à tous, une attention accordée à la diversité (générations, communautés, genres, territoires), une gouvernance démocratique, où la diversité des points de vue est représentée, emplois partagés, logiques de solidarité, de réciprocité, de mutualisation de matériel, de compétences, initiatives citoyennes et des processus de co-construction. Autant de paramètres qu’il ne tient qu’à nous d’intégrer ou d’implémenter au fur et à mesure.
  • En Australie et à Singapour en particulier, j’ai découvert l’attention extrêmement importante accordée aux communautés culturelles “Community Art” (comme cela se pratique aussi dans d’autres pays anglophones) , donc des pratiques participatives dans différentes formes artistiques pensées et réalisées par différentes communautés, parfois seules, parfois avec des artistes professionnels. En étudiant les rapports d’activités et les bilans des grandes compagnies de  théâtre et en observant leurs programmes, j’ai réalisé qu’il y avait deux “univers” : le ticketing et et les projets communautaire gratuits répartis pratiquement à 50 % des ressources. Le premier impliquait des projets que nous voyons sur nos scènes, des productions subventionnées, avec des artistes confirmés, parfois des “stars”, ce qui permet de proposer des tarifs relativement élevés. Le reste est consacré aux projets communautaires avec des artistes professionnels évidemment. Bien que je doute de la pertinence de cette césure entre “ticketing” et gratuité, j’ai été touchée – en y assistant ou participant – à l’énergie et à la beauté de ces activités dédiées aux communautés ainsi qu’à leur véritable rôle de médiation “à double sens” : tous apprennent les uns des autres.
  • La crise du Coronavirus ainsi que le bouleversement apporté par le débat sur le climat vont transformer notre rapport à la diffusion et plus largement aux collaborations internationales. Il s’avère que nous ne pourrons plus ainsi envoyer à tout va des artistes sillonner le monde d’un festival à l’autre, d’une résidence à l’autre. Cela affectera nos festivals ainsi que nos artistes. A nous d’inventer aujourd’hui une politique d’échange et de diffusion fondée sur de nouvelles relations : je vois ici l’opportunité de revenir à un ancrage plus local, mais aussi de développer des projets de collaborations internationales fondés sur une véritable intégration longue durée dans un territoire donné. On peut aisément imaginer les transformations que cela impliquera sur l’offre festivalière et culturelle mais le jeu en vaut la chandelle.
  • Last but not least, le thème qui noue en gerbe ces trois réflexions est la fragilité socio-professionnelle de plus en plus frappante du milieu culturel. Au cours des dernières décennies, avec l’augmentation des subventions publics et le soutien du secteur privé, nous avons massivement développé l’offre culturelle, et contribué ainsi à une fragmentation des contrats de travail. Comme le coronavirus dont l’effet est décalé, nous allons dans les prochains temps mesurer les effets de ces politiques en observant les ressources dont bénéficient les artistes, les actrices et acteurs culturels à la retraite. Il est fort à parier que les politiques culturelles devront alors s’appuyer sur les politiques sociales.

Sous les pavés, la scène. L’émergence du théâtre indépendant en Suisse romande à la fin des années 60. PhD

This thesis examines the way in which the independent scene developed in French-speaking Switzerland and how, from then on, cantonal and communal cultural policies were led to define themselves more precisely and to deploy new support instruments that did not exist at the time, such as support for the artistic production for independent companies. The tensions between established culture and alternative culture, caught between the desire to be recognised and the desire to overturn established norms, also became apparent.

Sous les pavés, la scène

La médiation culturelle dans les arts de la scène

Depuis quelques années, les collectivités publiques suisses témoignent d’un intérêt croissant pour la question des publics. Après avoir développé puis renforcé au cours des dernières décennies les institutions et mis en place des instruments de soutien à la création (soutiens ponctuels, conventions de soutien pluriannuels), elles s’intéressent aujourd’hui aux destinataires des offres culturelles : Qui sont-ils ? Dans quelles catégories socio-professionnelles s’inscrivent-ils ? Quelles sont leurs pratiques culturelles ?

Actes du colloque – La médiation dans les arts de la scène

Genève 1968, deux spectacles en prise sur l’actualité

Cet article analyse deux spectacles aux antipodes et qui pourtant témoignent parfaitement des esthétiques théâtrales de la fin des années 60 : “Le Chant du Fantoche Lusitanien”, de Peter Weiss, mis en scène par François Rochaix, et “Quo Vadis”, création collective des Tréteaux Libres. Genève années 60.

Sutermeister_Genève 1968 Deux spectacles. Sutermeister, Sondierungen, Dix contributions à l’histoire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag_Bern, 1995. 

Aux limites du fédéralisme

Ce  numéro spécial consacré au théâtre en Suisse romande, daté de 2012, préfigure le déploiement extraordinaire des créations issues de cette région dans les arts de la scène en Europe. Il retrace les efforts mis en place sur le plan de la politique culturelle, identifie aussi les faiblesses et les améliorations possibles pour faire rayonner les productions romandes au-delà des frontières helvétiques.

Sutermeister_Limites_federalisme_Mouvement_2012

Les défis de la recherche en art et en design en Suisse. Un cas d’école : La HEAD-Genève

L’article, rédigé avec Lysianne Léchot Hirt et Jean-Pierre Greff, présente les spécificités de la recherche en art et en design, les met en relation avec les critères de la recherche scientifique  “traditionnelle”, dégage les paradoxes et les frictions constructives, et donne des exemples concrets de recherches réalisées à la HEAD-Genève.

Sutermeister_Les_defis_de_la_recherche_2017

L’auteur, déclencheur et créateur de contemporanéité. Entretien avec Mathieu Bertholet

Au cours de cet entretien avec Mathieu Bertholet, nous esquissons les rôles possibles qu’un auteur peut adopter au sein d’un théâtre. Au-delà de l’écriture et de la dramaturgie, il s’agit d’examiner de nouvelles pistes d’action dans le quotidien institutionnel pour que l’auteur puisse contribuer à l’identité du théâtre.

Sutermeister_auteur contemporain_Autruche-Comedie GE