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Le Palp Festival (VS), une manifestation intégrée qui apporte de l’oxygène aux modèles d’affaires culturels

Il y a certains événements qui se déploient doucement, ni vus ni connus, mais qui soudain sont là, bien campés dans le paysage culturel d’une région et qui, grâce à une inventivité déconcertante, rayonnent soudain bien au-delà des frontières cantonales… Le palp festival fait partie de ceux-là. Au moment où le palp reçoit le Prix culture et économie de l’Etat du Valais, prenons le temps de décrypter les recettes de cet ovni au sein de la vie culturelle romande et dans quelle mesure son inventivité pourrait devenir exemplaire.

Imaginons le palp évalué par une brochettes de spécialistes en management culturel  et en économie régénérative : il est assez certain que toutes les cases seront au vert : des projets participatifs à la valorisation de l’économie locale, en passant des projets artistiques et culturels décalés, jouant avec les clichés traditionnels sans pourtant trahir les spécificités culturelles, des spectacles intimes ou grands publics, et des recherches sur la réactivation de pratiques agricoles traditionnelles, le palp déploie au cours de l’été toute une brochette de manifestations sur l’ensemble du territoire valaisan ; son public est diversifié et dépasse largement les frontières cantonales, suscitant l’enthousiasme des milieux touristiques et même de Présence suisse, dont l’engagement est un signe qui ne trompe pas. Quelle est la recette du palp ? Il serait réducteur d’essayer de saisir en quelques lignes l’histoire, le développement et l’ADN d’un festival mais l’attribution du Prix culture et économie de l’Etat du Valais mérite que l’on s’y attarde. Entre autres pour que nous puissions en tirer des leçons et y voir l’opportunité de revoir certains des fondements qui règlent aujourd’hui la politique culturelle suisse. A l’heure où la globalisation nous emmène dans un tourbillon de références internationales, balayant souvent au passage ce qui constitue nos traits culturels distinctifs, le palp a compris que du patrimoine revalorisé, sous ses formes les plus diverses et décalées, émane une force symbolique, qui réconforte, nous rend un peu plus fier de notre histoire, mais à une condition :  que ce patrimoine vive et se régénère, que des interstices puissent apparaître pour que l’innovation et une bonne dose de folie  s’y glissent.

“Dans les rêves”, publication sur les projets réalisés, palp festival, 2021

Lorsque le patrimoine taquine la création contemporaine

 

Avec une majeure partie de son programme dédié aux musiques actuelles, qu’il s’agisse du rock, de l’électro, pop etc. le palp ne se contente pas de programmer des artistes dans un lieu-dit comme le font la majorité des festivals ; il inscrit chaque œuvre musicale dans un paysage culturel particulier, bâti ou naturel, façonné par l’homme depuis des temps immémoriaux. Ainsi la chanteuse Pomme s’est-elle produite dans ce qu’on appelle la Combe d’enfer à Fully, un amphithéâtre naturel, aménagé en vignoble depuis des siècles, structuré par des murs en pierre sèche, où Marie-Thérèse Chappaz, célébrissime vigneronne valaisanne, cultive son vin bio. Le public, installé dans la combe, déguste une musique qui déploie ses sonorités dans ce paysage aménagé pour produire du vin depuis des siècles. L’espace naturel contribue à magnifier la musique. La réception de l’œuvre en est fondamentalement modifiée : fêtée et poétisée, la musique entre en résonance avec l’histoire, avec nos identités culturelles souvent malmenées par la culture mainstream. Autre exemple parmi d’innombrables autres : Les brunchs sur télésiège à Champex, quant à eux, offrent l’opportunité unique de découvrir une perspective sans cesse changeante sur le lac et les montagnes alentours en dégustant des plats régionaux ; il en va de même pour un concert électro dans les gorges du Triège ou au cœur des Châteaux de Sion, Ainsi, tout le programme du palp regorge de propositions aussi folles qu’inspirées de manière à nous offrir un regard renouvelé sur les patrimoines bâti et naturel du Valais.

 

Jouer avec les clichés pour interroger le patrimoine 

 

Qu’il s’agisse de la raclette comme pratique sociale, inscrite sur la liste du patrimoine immatériel du canton, de la culture de l’apéro et des produits du terroir, du paysage valaisan travaillé par l’homme, du panorama alpin unique, le palp mise sur des frictions surprenantes et vivifiantes entre tradition et modernité. Cependant, s’essayer à de telles rencontres implique aussi un ancrage extrêmement solide au cœur du territoire : en effet, on peut imaginer les réticences suscitées lors des premières rocklettes par les fromagers, la difficulté à pouvoir jouer dans certains lieux… Ainsi le programme du palp est le témoignage, en filigrane, d’un réseau de contacts, d’échanges et de négociations souvent complexes et qui pointent peut-être l’une des recettes du palp : celui-ci ne peut exister sans un soutien inconditionnel d’innombrables partenaires, qu’ils soient publics ou privés, issus de la restauration, du tourisme, de la culture et j’en passe. Et cela ne peut exister sans relations de confiance, et qui dit confiance dit dialogue et compréhension des enjeux mutuels.

 

Régénérer le territoire à travers un centre d’innovation et de recherche

 

Le volet peut-être le moins visible de cette organisation culturelle protéiforme mais certainement la plus visionnaire se trouve dans l’idée de créer un centre d’innovation en région de montagne. On se rappelle l’arrivée du festival à Bruson, village situé dans le Val de Bagnes, et sa proposition accueillie avec succès par la population du village de rouvrir l’épicerie du village. Le palp y installe son bureau, sa billetterie et y vend entre autres des produits locaux,  créant ainsi un joli effet boule de neige qui entraine une nouvelle dynamique sociale au sein du village. D’autres projets s’ajoutent au fil des années. En 2021, le palp se lance dans un projet participatif, invitant les gens de Bruson à exprimer leurs rêves pour le village en collaborant avec des artistes, dessinateurs ou bédéistes. Les projets œuvres sont exposés cet été et le projet le plus intéressant sera mis en œuvre. L’ADN du palp ne se limite pas à créer à programme artistique et culturel : il s’engage à tisser un réseau de partenaires animés par les mêmes rêves et à s’ancrer de manière pérenne dans le territoire, lançant grâce à sa présence de nouvelles opportunités économiques pour d’autres. En d’autres termes, le palp développe progressivement ce que les théoriciens de l’économie alternative nous invitent à faire : déployer une économie solidaire et régénérative, qui s’appuie sur les actifs du territoire (le paysage, les compétences et les entreprises locales), vise à la réactiver et à créer de nouvelles opportunités économiques pour les producteurs locaux et l’ensemble de l’écosystème régional.

 

Une affiche de l’exposition de Matthieu Berthod, palp festival 2021

Un décalage salutaire pour mieux inventer ?  

 

Est-ce grâce à une équipe provenant d’horizons divers ? Est-ce aussi grâce aux origines nordiques de Sébastien Olesen, son directeur, la Scandinavie étant fréquemment à la pointe en termes d’innovation ? La force du palp consiste à modifier notre regard sur les pratiques artistiques, sur les forces d’expression conjuguées de l’art et du territoire et à revaloriser les ressources auxquelles nous n’osions peut-être plus croire pour reconstruire un véritable écosystème culturel, artistique et économique local.

Cependant, malgré son succès, le modèle économique du palp reste encore fragile. En effet, si les concerts et les événements trouvent des soutiens, force est de constater qu’il est encore extrêmement difficile de financer de manière adéquate les projets relevant à la fois de la cohésion sociale, de la régénération économico-sociale et de la culture, comme les projets menés dans le village de Bruson, qui ont un impact réel sur la revitalisation du territoire et de son économie. Il en va de même pour les projets plus exploratoires, comme ceux qui sont menés sur les cultures maraîchères délaissées au cours des dernières décennies, ou d’autres projets de recherche sur le patrimoine et les opportunités de réactualisation. Si l’Etat du Valais soutient autant que possible de palp à travers le Service de l’économie, du tourisme et de l’innovation et le Service de la culture, la question du financement à moyen et long terme des activités innovantes et « inclassables » du palp se pose. Alors que les nouvelles économies durables représentent des opportunités inédites, force est de constater que le sponsoring et le mécénat ouverts à des modèles économiques inédits a encore de beaux jours devant lui.

 

Comment communiquer les politiques culturelles ?

En automne 2019, j’ai eu le plaisir de commencer une collaboration avec le Service de la culture de la ville de Nyon qui souhaitait définir et communiquer sa politique culturelle. Au-delà de la réflexion que nous avons menée sur les contenus, j’ai été heureuse que le mandant accepte une réflexion en parallèle sur la forme qu’allait prendre ce concept. En effet, un bref état des lieux m’a permis de voir qu’hormis la proposition faite par la Ville de Vevey  la majorité des concepts étaient des textes, souvent peu ou pas du tout mis en page. Comment communiquer une politique qui ne résonne pas avec son objet ? Et dès lors, pourquoi ne pas travailler de pair avec des artistes et des graphistes, faisant partie des acteurs et des actrices culturels, pour restituer les réflexions en cours avec des moyens artistiques ? En effet, lorsqu’on se prête à cet exercice, il s’avère que d’autres questions fondamentales de “sens” surgissent… comment dessiner des hiérarchies et des relations ? La verticalité des organigrammes classiques est-elle encore de mise ? Comment traduire la porosité des connexions ? Comment exprimer des influences sans qu’elles soient dominantes ? Quelles couleurs choisir ? Le travail s’est structuré en trois parties : Une introduction en jaune, sur les notions générales de politique culturelle, puis le concept de politique culturel fondé sur une analyse de la situation actuelle, de ses faiblesses et forces, risques opportunités. Enfin un cahier rose, qui témoigne de l’offre culturelle actuelle et restitue visuellement les différentes institutions / organisations culturelles qui composent aujourd’hui la vitalité de la scène artistique nyonnaise. Ce travail a été mené avec le studio Emphase que je remercie ici vivement d’avoir bien voulu jouer le jeu et relever le défi !

En résumé, le travail que j’ai eu la chance de réaliser avec le Service de la culture de Nyon m’a permis de mieux saisir la complexité des champs de force et de “mieux les penser”. Je tiens ici à remercier sincèrement la Ville de Nyon de m’avoir fait confiance et lui souhaite le meilleur pour le développement et la consolidation d’une politique culturelle forte et cohérente.

Un voyage initiatique. Entretien avec Michel Piccoli

En 1996, j’ai eu le privilège de pouvoir réaliser un entretien avec Michel Piccoli, grâce au soutien et à l’enthousiasme de Sarah Turin, que je tiens ici à remercier. Il répétait “La Maladie de la Mort” au Théâtre de Vidy, avec Lucinda Childs sous la houlette de Robert Wilson. Je m’étais interrogée sur l’expérience singulière que devait vivre Michel Piccoli avec Robert Wilson, et j’avais eu le privilège d’assister à quelques répétitions avec de réaliser l’entretien. Piccoli donnait vie à ce spectacle lisse, il y apportait une énergie autre, plus chaotique, humaine, fragile et je souhaitais en savoir davantage…

Article publié dans Théâtre/Public, Gennevilliers, 1996

Mort_initiatique_Piccoli_TP_1997

Histoires de masques

A l’occasion de ces temps étranges que nous vivons, voici un article que j’ai publié dans Le Nouvelliste ce jour sur la relation entre les masques au théâtre et dans la vraie vie. C’est aussi l’occasion d’annoncer le projet sur lequel je travaille actuellement avec bonheur : une exposition dédiée aux masques de Werner Strub à la Fondation Bodmer, en collaboration avec Jacques Berchtold, directeur de la Fondation Bodmer. Le catalogue sera publié chez les Editions Noir sur Blanc. Vernissage le 15 octobre ! Welcome

Article_Masques_23.5.2020

Article d’E. Demarcy-Mota sur les arts de la scène pendant la crise du COVID 19

Dans cet article, E. Demarcy-Mota aborde des points centraux concernant l’avenir “cum aut sin” COVID 19 avec réalisme et inventivité. D’abord, il s’est interrogé sur la meilleure manière de maintenir le lien avec son équipe, ses réseaux artistiques, ses partenaires et ses autorités de tutelles et a trouvé la solution qui lui semblait correspondre le mieux à “sa” vision de la relation sans céder aux sirènes zoomiennes et autres.

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Ensuite, en tant que directeur du Festival d’Automne, il voit la nécessité de repenser dès à présent toute la configuration du festival, ouvrant la voie à de nouvelles opportunités, au détriment, évidemment de siècles d’histoires architecturales et d’usages acquis et intégrés. Il ébauche des pistes pertinentes, avec ses “consultations poétiques”, pour réinventer les formes des arts vivants, la relation aux publics et l’élargir davantage encore. Finalement, il pose la question de nouvelles configurations et de responsabilités entre publics, artistes, autorités de tutelles, partenaires, montrant bien que c’est une partie importante de  la politique culturelle qu’il convient de réexaminer à l’aune des conséquences du COVID 19. Bonne lecture !

Article E Demarcy-Mota_AOC_24.4.2020

Les défis actuels des politiques culturelles. Quelques réflexions en temps de crise.

Je saisis cette occasion pour partager avec vous en ces temps singuliers quatre idées suscitées par cette situation, d’autres venant de mon voyage sabbatique en Asie et Australie ainsi que de mes lectures et observations. Ce ne sont en l’état que des  impressions encore peu conceptualisées que  je me réjouis de discuter avec vous. Pour illustrer cela, quoi de mieux que cette image de l’installation superbe de Pauline Curnier Jardin, à l’Arsenal, au cours de la Biennale 2017.

Pauline Curnier Jardin, Biennale de Venise 2017

  • Je suis persuadée que l’économie solidaire, sociale, du partage sera une source d’inspiration et de soutien important pour la culture au cours des prochaines décennies. Concrètement, cela implique des ressources hybrides (ressources marchandes, redistribution, contributions volontaires, troc et échanges), la non lucrativité, une gouvernance démocratique, une gestion responsable, des écarts de salaires limités, égalité professionnelle entre hommes et femmes, le développement durable et la coopération plutôt que la compétition. Autres conditions possibles d’une économie solidaire : une interventions sur des territoires délaissés, une participation et une pratique amateur accessible à tous, une attention accordée à la diversité (générations, communautés, genres, territoires), une gouvernance démocratique, où la diversité des points de vue est représentée, emplois partagés, logiques de solidarité, de réciprocité, de mutualisation de matériel, de compétences, initiatives citoyennes et des processus de co-construction. Autant de paramètres qu’il ne tient qu’à nous d’intégrer ou d’implémenter au fur et à mesure.
  • En Australie et à Singapour en particulier, j’ai découvert l’attention extrêmement importante accordée aux communautés culturelles “Community Art” (comme cela se pratique aussi dans d’autres pays anglophones) , donc des pratiques participatives dans différentes formes artistiques pensées et réalisées par différentes communautés, parfois seules, parfois avec des artistes professionnels. En étudiant les rapports d’activités et les bilans des grandes compagnies de  théâtre et en observant leurs programmes, j’ai réalisé qu’il y avait deux “univers” : le ticketing et et les projets communautaire gratuits répartis pratiquement à 50 % des ressources. Le premier impliquait des projets que nous voyons sur nos scènes, des productions subventionnées, avec des artistes confirmés, parfois des “stars”, ce qui permet de proposer des tarifs relativement élevés. Le reste est consacré aux projets communautaires avec des artistes professionnels évidemment. Bien que je doute de la pertinence de cette césure entre “ticketing” et gratuité, j’ai été touchée – en y assistant ou participant – à l’énergie et à la beauté de ces activités dédiées aux communautés ainsi qu’à leur véritable rôle de médiation “à double sens” : tous apprennent les uns des autres.
  • La crise du Coronavirus ainsi que le bouleversement apporté par le débat sur le climat vont transformer notre rapport à la diffusion et plus largement aux collaborations internationales. Il s’avère que nous ne pourrons plus ainsi envoyer à tout va des artistes sillonner le monde d’un festival à l’autre, d’une résidence à l’autre. Cela affectera nos festivals ainsi que nos artistes. A nous d’inventer aujourd’hui une politique d’échange et de diffusion fondée sur de nouvelles relations : je vois ici l’opportunité de revenir à un ancrage plus local, mais aussi de développer des projets de collaborations internationales fondés sur une véritable intégration longue durée dans un territoire donné. On peut aisément imaginer les transformations que cela impliquera sur l’offre festivalière et culturelle mais le jeu en vaut la chandelle.
  • Last but not least, le thème qui noue en gerbe ces trois réflexions est la fragilité socio-professionnelle de plus en plus frappante du milieu culturel. Au cours des dernières décennies, avec l’augmentation des subventions publics et le soutien du secteur privé, nous avons massivement développé l’offre culturelle, et contribué ainsi à une fragmentation des contrats de travail. Comme le coronavirus dont l’effet est décalé, nous allons dans les prochains temps mesurer les effets de ces politiques en observant les ressources dont bénéficient les artistes, les actrices et acteurs culturels à la retraite. Il est fort à parier que les politiques culturelles devront alors s’appuyer sur les politiques sociales.

Les défis actuels des politiques culturelles. Quelques réflexions en temps de crise.

Je saisis cette occasion pour partager avec vous en ces temps singuliers quatre idées suscitées par cette situation, d’autres venant de mon voyage sabbatique en Asie et Australie ainsi que de mes lectures et observations. Ce ne sont en l’état que des  impressions encore peu conceptualisées que  je me réjouis de discuter avec vous. Pour illustrer cela, quoi de mieux que cette image de l’installation superbe de Pauline Curnier Jardin, à l’Arsenal, au cours de la Biennale 2017.

Pauline Curnier Jardin, Biennale de Venise 2017

  • Je suis persuadée que l’économie solidaire, sociale, du partage sera une source d’inspiration et de soutien important pour la culture au cours des prochaines décennies. Concrètement, cela implique des ressources hybrides (ressources marchandes, redistribution, contributions volontaires, troc et échanges), la non lucrativité, une gouvernance démocratique, une gestion responsable, des écarts de salaires limités, égalité professionnelle entre hommes et femmes, le développement durable et la coopération plutôt que la compétition. Autres conditions possibles d’une économie solidaire : une interventions sur des territoires délaissés, une participation et une pratique amateur accessible à tous, une attention accordée à la diversité (générations, communautés, genres, territoires), une gouvernance démocratique, où la diversité des points de vue est représentée, emplois partagés, logiques de solidarité, de réciprocité, de mutualisation de matériel, de compétences, initiatives citoyennes et des processus de co-construction. Autant de paramètres qu’il ne tient qu’à nous d’intégrer ou d’implémenter au fur et à mesure.
  • En Australie et à Singapour en particulier, j’ai découvert l’attention extrêmement importante accordée aux communautés culturelles “Community Art” (comme cela se pratique aussi dans d’autres pays anglophones) , donc des pratiques participatives dans différentes formes artistiques pensées et réalisées par différentes communautés, parfois seules, parfois avec des artistes professionnels. En étudiant les rapports d’activités et les bilans des grandes compagnies de  théâtre et en observant leurs programmes, j’ai réalisé qu’il y avait deux “univers” : le ticketing et et les projets communautaire gratuits répartis pratiquement à 50 % des ressources. Le premier impliquait des projets que nous voyons sur nos scènes, des productions subventionnées, avec des artistes confirmés, parfois des “stars”, ce qui permet de proposer des tarifs relativement élevés. Le reste est consacré aux projets communautaires avec des artistes professionnels évidemment. Bien que je doute de la pertinence de cette césure entre “ticketing” et gratuité, j’ai été touchée – en y assistant ou participant – à l’énergie et à la beauté de ces activités dédiées aux communautés ainsi qu’à leur véritable rôle de médiation “à double sens” : tous apprennent les uns des autres.
  • La crise du Coronavirus ainsi que le bouleversement apporté par le débat sur le climat vont transformer notre rapport à la diffusion et plus largement aux collaborations internationales. Il s’avère que nous ne pourrons plus ainsi envoyer à tout va des artistes sillonner le monde d’un festival à l’autre, d’une résidence à l’autre. Cela affectera nos festivals ainsi que nos artistes. A nous d’inventer aujourd’hui une politique d’échange et de diffusion fondée sur de nouvelles relations : je vois ici l’opportunité de revenir à un ancrage plus local, mais aussi de développer des projets de collaborations internationales fondés sur une véritable intégration longue durée dans un territoire donné. On peut aisément imaginer les transformations que cela impliquera sur l’offre festivalière et culturelle mais le jeu en vaut la chandelle.
  • Last but not least, le thème qui noue en gerbe ces trois réflexions est la fragilité socio-professionnelle de plus en plus frappante du milieu culturel. Au cours des dernières décennies, avec l’augmentation des subventions publics et le soutien du secteur privé, nous avons massivement développé l’offre culturelle, et contribué ainsi à une fragmentation des contrats de travail. Comme le coronavirus dont l’effet est décalé, nous allons dans les prochains temps mesurer les effets de ces politiques en observant les ressources dont bénéficient les artistes, les actrices et acteurs culturels à la retraite. Il est fort à parier que les politiques culturelles devront alors s’appuyer sur les politiques sociales.

Les défis actuels des politiques culturelles. Quelques réflexions en temps de crise.

Je saisis cette occasion pour partager avec vous en ces temps singuliers quatre idées suscitées par cette situation, d’autres venant de mon voyage sabbatique en Asie et Australie ainsi que de mes lectures et observations. Ce ne sont en l’état que des  impressions encore peu conceptualisées que  je me réjouis de discuter avec vous. Pour illustrer cela, quoi de mieux que cette image de l’installation superbe de Pauline Curnier Jardin, à l’Arsenal, au cours de la Biennale 2017.

Pauline Curnier Jardin, Biennale de Venise 2017

  • Je suis persuadée que l’économie solidaire, sociale, du partage sera une source d’inspiration et de soutien important pour la culture au cours des prochaines décennies. Concrètement, cela implique des ressources hybrides (ressources marchandes, redistribution, contributions volontaires, troc et échanges), la non lucrativité, une gouvernance démocratique, une gestion responsable, des écarts de salaires limités, égalité professionnelle entre hommes et femmes, le développement durable et la coopération plutôt que la compétition. Autres conditions possibles d’une économie solidaire : une interventions sur des territoires délaissés, une participation et une pratique amateur accessible à tous, une attention accordée à la diversité (générations, communautés, genres, territoires), une gouvernance démocratique, où la diversité des points de vue est représentée, emplois partagés, logiques de solidarité, de réciprocité, de mutualisation de matériel, de compétences, initiatives citoyennes et des processus de co-construction. Autant de paramètres qu’il ne tient qu’à nous d’intégrer ou d’implémenter au fur et à mesure.
  • En Australie et à Singapour en particulier, j’ai découvert l’attention extrêmement importante accordée aux communautés culturelles “Community Art” (comme cela se pratique aussi dans d’autres pays anglophones) , donc des pratiques participatives dans différentes formes artistiques pensées et réalisées par différentes communautés, parfois seules, parfois avec des artistes professionnels. En étudiant les rapports d’activités et les bilans des grandes compagnies de  théâtre et en observant leurs programmes, j’ai réalisé qu’il y avait deux “univers” : le ticketing et et les projets communautaire gratuits répartis pratiquement à 50 % des ressources. Le premier impliquait des projets que nous voyons sur nos scènes, des productions subventionnées, avec des artistes confirmés, parfois des “stars”, ce qui permet de proposer des tarifs relativement élevés. Le reste est consacré aux projets communautaires avec des artistes professionnels évidemment. Bien que je doute de la pertinence de cette césure entre “ticketing” et gratuité, j’ai été touchée – en y assistant ou participant – à l’énergie et à la beauté de ces activités dédiées aux communautés ainsi qu’à leur véritable rôle de médiation “à double sens” : tous apprennent les uns des autres.
  • La crise du Coronavirus ainsi que le bouleversement apporté par le débat sur le climat vont transformer notre rapport à la diffusion et plus largement aux collaborations internationales. Il s’avère que nous ne pourrons plus ainsi envoyer à tout va des artistes sillonner le monde d’un festival à l’autre, d’une résidence à l’autre. Cela affectera nos festivals ainsi que nos artistes. A nous d’inventer aujourd’hui une politique d’échange et de diffusion fondée sur de nouvelles relations : je vois ici l’opportunité de revenir à un ancrage plus local, mais aussi de développer des projets de collaborations internationales fondés sur une véritable intégration longue durée dans un territoire donné. On peut aisément imaginer les transformations que cela impliquera sur l’offre festivalière et culturelle mais le jeu en vaut la chandelle.
  • Last but not least, le thème qui noue en gerbe ces trois réflexions est la fragilité socio-professionnelle de plus en plus frappante du milieu culturel. Au cours des dernières décennies, avec l’augmentation des subventions publics et le soutien du secteur privé, nous avons massivement développé l’offre culturelle, et contribué ainsi à une fragmentation des contrats de travail. Comme le coronavirus dont l’effet est décalé, nous allons dans les prochains temps mesurer les effets de ces politiques en observant les ressources dont bénéficient les artistes, les actrices et acteurs culturels à la retraite. Il est fort à parier que les politiques culturelles devront alors s’appuyer sur les politiques sociales.

Sous les pavés, la scène. L’émergence du théâtre indépendant en Suisse romande à la fin des années 60.

Die vorliegende Arbeit untersucht, wie sich die unabhängige Szene in der Westschweiz entwickelte und wie die kantonale und kommunale Kulturpolitik von da an dazu geführt wurde, sich genauer zu definieren und neue, damals noch nicht vorhandene Förderinstrumente einzusetzen, wie z.B. die Unterstützung der Gründung von unabhängigen Unternehmen. Auch die Spannungen zwischen etablierter und alternativer Kultur, gefangen zwischen dem Wunsch nach Anerkennung und dem Wunsch, etablierte Normen umzuwerfen, wurden deutlich

Sous les pavés, la scène

Sous les pavés, la scène. L’émergence du théâtre indépendant en Suisse romande à la fin des années 60. PhD

This thesis examines the way in which the independent scene developed in French-speaking Switzerland and how, from then on, cantonal and communal cultural policies were led to define themselves more precisely and to deploy new support instruments that did not exist at the time, such as support for the artistic production for independent companies. The tensions between established culture and alternative culture, caught between the desire to be recognised and the desire to overturn established norms, also became apparent.

Sous les pavés, la scène

Learning from Australia 1 : New kind of jobs in the cultural sector – CXO – Chief Experience Officer

Back from my trip throughout Asia and Australia, I will regularly publish over the next few months the impressions and things I learned from the outstanding people who welcomed me and were kind enough to answer my questions. No scientific articles at this stage, but rather questions that arise by identifying differences or similarities. These insights will then lead to articles and feed into my classes.

Meeting with Seb Chan, Chief Experience Officer at ACMI – Melbourne Previously Cooper Hewitt (NYC) & Powerhouse Museum (Sydney).

Shadow Monsters (2005) Philip Worthington – Part of the old exhibition in ACMI, January 2019. 

It’s all about having an overall and holistic position which can link the different départements and especially create an holistic experience for the client / user / visitor. It is a way of moving us away from our old way of thinking in terms of “silos”, departments or services related to certain jobs rather than thinking of cultural institutions in terms of the visitor’s experience. Quite rightly, are we always sufficiently attentive to the way we think about the “visitor’s journey”, from the moment the institution appears on its radar to the moment he or she leaves a show or exhibition, via ticketing, public relations, mediation, events, etc. ? The same thought obviously applies to internal processes. How could the organisational chart be organised so that so that the processes run smoothly?

Then I  took a look at the skills needed for this new transversal profession : The CXO is primarily a catalyst and a kind of driving force for dynamism, interaction and sometimes change in the company.  He actively participates in the “design” of new products. More concretely, experience in marketing, analytical skills and creativity are needed.

It will be interesting to see to what extent this profession will also be deployed in Europe-Switzerland in the field of art.

 

 

Learning from Australia 1 : New kind of jobs in the cultural sector – CXO – Chief Experience Officer

Back from my trip throughout Asia and Australia, I will regularly publish over the next few months the impressions and things I learned from the outstanding people who welcomed me and were kind enough to answer my questions. No scientific articles at this stage, but rather questions that arise by identifying differences or similarities. These insights will then lead to articles and feed into my classes.

Meeting with Seb Chan, Chief Experience Officer at ACMI – Melbourne Previously Cooper Hewitt (NYC) & Powerhouse Museum (Sydney).

Shadow Monsters (2005) Philip Worthington – Part of the old exhibition in ACMI, January 2019. 

It’s all about having an overall and holistic position which can link the different départements and especially create an holistic experience for the client / user / visitor. It is a way of moving us away from our old way of thinking in terms of “silos”, departments or services related to certain jobs rather than thinking of cultural institutions in terms of the visitor’s experience. Quite rightly, are we always sufficiently attentive to the way we think about the “visitor’s journey”, from the moment the institution appears on its radar to the moment he or she leaves a show or exhibition, via ticketing, public relations, mediation, events, etc. ? The same thought obviously applies to internal processes. How could the organisational chart be organised so that so that the processes run smoothly?

Then I  took a look at the skills needed for this new transversal profession : The CXO is primarily a catalyst and a kind of driving force for dynamism, interaction and sometimes change in the company.  He actively participates in the “design” of new products. More concretely, experience in marketing, analytical skills and creativity are needed.

It will be interesting to see to what extent this profession will also be deployed in Europe-Switzerland in the field of art.

 

 

La médiation culturelle dans les arts de la scène

Depuis quelques années, les collectivités publiques suisses témoignent d’un intérêt croissant pour la question des publics. Après avoir développé puis renforcé au cours des dernières décennies les institutions et mis en place des instruments de soutien à la création (soutiens ponctuels, conventions de soutien pluriannuels), elles s’intéressent aujourd’hui aux destinataires des offres culturelles : Qui sont-ils ? Dans quelles catégories socio-professionnelles s’inscrivent-ils ? Quelles sont leurs pratiques culturelles ?

Actes du colloque – La médiation dans les arts de la scène